poete-maudite:

Faudrait que j’arrête de donner autant d’importance à ce que les gens pensent de moi, de ce que je fais dans la vie, de ce dont j’ai l’air, faudrait que je me remette dans le même état d’esprit que quand j’étais pré-ado ou même adolescente tout court, quand je m’inventais des looks pas d’allure…

You go girl!

Aucun dieu n’est plus effrayant que soi

C’est ce que j’ai constaté en lisant le texte d’un ami. Vers qui peut-on se tourner pour expier ses faiblesses lorsque l’on ne croit en aucune confesse?

À tous les étés, depuis 2002, mon père, mon frère (sauf les cinq dernières années) et moi allions rejoindre Claude à son chalet au Lac Mékinac. Claude est un ami de mon père qu’il a connu durant ses années au collège classique de Sainte-Marie, et les deux copains ne se sont pas perdus de vue depuis cette époque révolue. Si je n’avais pas le luxe de me permettre un psychologue, encore moins un psychiatre, durant mes années de secondaire, Claude agissait en oncle cool qui philosophait avec mon père, et même avec mon frère et moi, malgré notre jeune âge et notre grande lacune de connaissance. Jusqu’à encore très récemment, chaque été, j’attendais ce moment, cette semaine au fond des bois, pour me refaire physiquement, mais surtout psychologiquement. Lorsque mon frère commençait à sortir avec celle qui est maintenant sa femme, Claude le bombardait seulement d’une seule question: Est-ce que tu l’aimes? Mon frère de répondre un “Bennn” hésitant, et l’autre de revenir à la charge de son: Oui mais est-ce que tu l’aimes? Le pauvre avait fini en larmes, et peinait à dire un soulagé: Oui, je l’aime! Suivi d’une accolade bien masculine, j’assistais à une séance de vrai bro-love intergénérationnel. Avec les années, il devenait un confident, une source de réconfort, brute, mais rassurante à la fois.

L’été où j’ai rompu avec ma deuxième copine, j’étais anéanti. Une semaine de repos avec mon vieux et son ami allait tout régler, avec son franc parlé, ses réflexions sur le cinéma, la bouffe de camping et une bonne… douzaine de bouteilles de vin! Ce ne fut qu’après deux jours que je compris que le moment était passé… Le classique soir de discussion et de débat concernait essentiellement le conflit étudiant, et aucune fenêtre ne m’était ouverte sur le sujet des relations intimes.

Personne à qui reléguer le poids de sur mes épaules.

Une chance, les amis aident à alléger la peine, avec une bonne pinte de bière dans le fond du gosier. Cependant, on a beau se soulager en vociférant son fiel avec un copain, il reste un sentiment profond de se confier à une plus grande voix. Quelle plus grande voix a-t-on que celle qui parle constamment? Celle qui nous habite, qui nous hante, qui murmure… Soi-même.

Lorsqu’on ne croit en aucun dieu, la voix de l’Homme est la plus terrifiante. Une personne extérieure à nous peut nous juger, nous insulter, mais la pire qui puisse agir ainsi est notre propre être. Qui peut nous sauver lorsque l’on se refuse le droit à l’erreur? Personne…

En état d’arrestation, dans un autobus, avec plusieurs manifestants, un ami et moi avons subi le procès d’une jeune protestante. Nous étions innocents, on nous avait confondus dans la masse, alors que nous prenions une bière sur la terrasse du Saint-Buck, coin Saint-Denis et Ontario, lorsque deux punks se sont rués sur notre table pour fuir les interventions policières. La fille nous a martelés de questions concernant notre opinion face à la cause étudiante, pour nous révéler que nous agissions en faux aristocrates peureux et vains, que nous étions de pires coupables que ceux qui ne manifestaient pas parce qu’ils ne connaissaient pas ni causes ni conséquences des augmentations des frais de scolarité grimpant. Pires, car nous étions pleinement conscient de la situation, et qu’au lieu d’aider la cause, nous jugions de haut les agissements autant du gouvernement que ceux des manifestants.

Cette soirée-là, poivre de Cayenne au visage, le mucus qui faisait ses allers-retours entre mes yeux et ma bouche en passant par mon nez, j’avais l’amer désir de le lui cracher au visage. L’insulte paraissait d’autant plus forte que je comprenais sa perception objective, et ne pus me résoudre à d’autre solution que de m’en vouloir, jusqu’à me détester… Vers qui peut-on se tourner lorsque son meilleur ami est dans la même merde qui ronge l’esprit, la raison, son amour propre? Des paroles de Tyler Durden résonnent parfois dans ma tête. « You have to consider the possibility that God does not like you. He never wanted you. In all probability, he hates you. It’s not the worst that can happen… We don’t need him! Fuck damnation, fuck redemption! We’re God’s unwanted children?! So Be It! » Soit. Nous sommes notre propre destin. If we fuck up, no one’s there to help us out but ourselves.

La culpabilité me tenaille depuis mon plus jeune âge. Héritage catholique? Peut-être, mais qui suis-je pour le savoir réellement. Dois-je me sentir coupable d’avoir eu une bonne vie? D’avoir eu des parents, encore mariés et amoureux, qui souhaitent toujours aider financièrement? D’avoir pris la décision moi-même de payer mes études avec des jobs de merde, lorsque les généreux dons de mon père me forçaient, que dis-je, m’obligeaient à obtenir de bonnes notes, à cesser de foxer mes cours? La faute à moi si je coule, me convainquais-je. Mon argent, mon chemin scolaire. Dois-je m’avouer coupable de ne pas avoir eu la vie bourrée de réelles embûches? Oui, mes ruptures amoureuses furent anodines, comparé à la guerre sur la bande de Gaza, rien comparé au Printemps Arabe, rien comparé à la Révolution Française. Mais crisse, faut-il nécessairement se comparer à la Guerre des Ottomans pour parler de souffrance? Coupable, mais jusqu’à un certain point. Leloup reprochait aux vieux artistes comme Charlebois de faire du paternalisme avec leur musique révolutionnaire, et aux jeunes comme Malajube de parler de filles et de faire des exercices de style qui ne contestaient rien, alors que lui voulait dénoncer la Guerre du Golfe avec son hit 1990. Mais comment faire le procès des autres si aucun de ses accusés n’avait vécu la guerre? On ne peut pas reprocher à quelqu’un de ne pas avoir souffert suffisamment. Le cri du cœur qu’il avait lancé dans une chanson fleuve était d’une beauté déchirante qui ouvrait les yeux à ceux qui n’avaient jamais entendu parler des conséquences de l’Algérie postcoloniale, mais lui seul pouvait en parler aux oreilles des Québécois, confortables et indifférents.

Ce soir-là, sur mon banc d’autobus scolaire, avec mon meilleur chum aussi poivré que moi, je pensais juste à cette chanson. Le Ô Canada sarcastique et caustique de Leloup. Je voulais expliquer à cette fille, cette petite prétentieuse, que ce combat ne nous appartenait pas. Verriez-vous Mari-Mai faire l’apologie des revendicateurs en Israël?

Il faut savoir à qui appartient le droit de se lever parmi la masse et de dénoncer. Certes, plusieurs personnes extérieures au combat se sont dressés devant la masse pour défendre le droit à une scolarité abordable (et j’insiste sur le mot abordable, et non cette utopie irréaliste de gratuité), et c’est ce qu’il y avait de plus noble. Des jeunes parents, encore endettés par les prêts qui les hanteront jusqu’à leur retraite, qui n’avaient rien à perdre que deux heures de leur vie, et qu’ils sont joyeusement données aux étudiants. La noblesse, je la voyais chez eux; pas chez les jeunes qui voulaient que tout leur soit donné, pour qu’ils soient à l’école sans payer un sous, et foxer quand même les cours pour se faire des estis de dreads en fumant un gros blunt aussi sale qu’eux. Je voyais de jeunes manifestants, idéalistes et qui se cherchaient dans la foule. Je voyais un avenir qui se remet en question, qui n’agit pas par acceptation des faits, mais par réflexion. Eux, je les défendais, je me portais garant de leurs déboires avec la police. Mais lorsque l’un d’entre eux jetait un cocktail Molotov, moi je n’avais pas peur de condamner cette violence. En tant que société évoluée, civilisée, le mode de révolution à l’iranienne est tout sauf justifiée. Nos bureaux de votes sont fort probablement désuets et non représentatifs de la pensée du peuple, mais elle reste pour l’instant la seule manière de faire entendre sa voix au gouvernement.

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Coupable ou non, il semble qu’il faille toujours se justifier auprès d’autrui pour exprimer une opinion différente, alors qu’on penserait être dans une société où le droit d’expression est sensé être fondamentalement permis…

brucejava:

4 juin 2014Dessin et Texte: Clementine

brucejava:

4 juin 2014
Dessin et Texte: Clementine

Texte et dessin de Bruce et Clem

Texte et dessin de Bruce et Clem

(Source : brucejava)

Demain 23 juin 2014

La fin, j’y suis. Ce congé de maladie ridiculement long qui m’aura permis de déménager avec Clementine, de découvrir le quartier de la Petite Italie, de fêter les 26 ans de mon meilleur chum, de revoir du monde qui a quitté la job depuis quelques temps, il s’achève ce soir.
J’aurai vécu un passage à l’hôpital de Magog, pour Clem qui a été malade pour la première fois depuis ses 15 ans, j’aurai mangé la meilleure pizza de Montréal au Napoletana, j’aurai parti notre blog BD (on va le mettre à jour, no worries! Sti que vous êtes fatigant, à propos d’ça! :P ), on aura adopté notre ptit chat Colonel, et soigné la plus vieille, Java, d’un mauvais virus qui lui tiraille encore dans les pattes arrières.
Côté écriture, c’était tranquille, ce l’est encore. J’ai relu deux romans jeunesse qui m’ont rappelé mes débuts à la plume, plutôt médiocres je dois l’admettre.

La fin. Le retour au punch. Aux pauses calculées. Les lunchs faits sur la go. Les collègues trippant, et ceux et celles qui le sont moins… Les livres à respirer, à étaler, à feuilleter en cachette. Le retour à la maison. À notre chez nous, à moi et Clem. Enfin.
La fin d’une période de temps étrange, où tout s’est passé si vite, et pourtant avec tant de lenteur.
Demain, le labeur.
J’y serai.

Les vacances de Monsieur Colonel

Ya beaucoup de vents, ici. C’est pas comme l’hôpital avec mes amis. Ya définitivement plus d’espace pour jouer, en tout cas!
Je dois avouer qu’en arrivant ici, à la pluie battante, j’avais la trouille. On venait de m’opérer, et d’entendre un tel déluge dans la voiture c’était de loin la chose la plus traumatisante.

Mais là, ça va. J’habite avec un grand slack qui sent un peu fort, mais qui a de ces belles grosses narines, on a envie de s’y réfugier! Lui, il reste toujours avec moi, c’est sympa. Ya aussi une fille qui sent et qui goute tellement bon, elle sent les épices! Je lui ai mordu la main, dans une tentative de jeu, mais je crois qu’elle n’a pas trouvé ça drôle; elle m’a un peu crié dessus.

C’est étrange, tout de même. Ils semblent venir ensemble, mais rien ne sent vraiment comme eux, comme s’il y avait une couche d’odeur, de carton, ou de neuf, qui n’a jamais vraiment été imprégné de leurs odeurs. Viennent-ils d’arriver? Ou c’est juste moi qui doit dealer avec ces parfums qui se répondent, se questionnent?

Qu’importe, c’est eux qui ont la bouffe, les couvertes (oh god, des couvertures à n’en plus finir!! Ça ne rentre même plus dans les garde-robe), les caresses. Je sais pas combien de temps j’suis censé rester ici, mais avec le shampoing, je sens déjà meilleur, je prends du bon poids.

Ça va être des vacances fucking awesome.

Peace out. #CatLife

brucejava:

En avant pour la grande aventure!

Pour la grande partie, ce sera nos histoires, nos desserts, nos coups de cœur littéraires, musicaux, nos voyages!Bruce écrit toujours en italique, parce qu’il est soit snob, soit juste tout croche; et Java, tout droit, parce que, au fond, on s’en fout de comment c’est écrit, d’abord qu’on se comprend!


À bientôt, pour les dessins, les maux de ventre, et les restants de chinois.


Bonjour à tous et toutes! J’écris maintenant aussi sur un nouveau blog, avec ma copine. Should be fun!À bientôt!

brucejava:

En avant pour la grande aventure!

Pour la grande partie, ce sera nos histoires, nos desserts, nos coups de cœur littéraires, musicaux, nos voyages!
Bruce écrit toujours en italique, parce qu’il est soit snob, soit juste tout croche; et Java, tout droit, parce que, au fond, on s’en fout de comment c’est écrit, d’abord qu’on se comprend!

À bientôt, pour les dessins, les maux de ventre, et les restants de chinois.

Bonjour à tous et toutes! J’écris maintenant aussi sur un nouveau blog, avec ma copine. Should be fun!

À bientôt!

(Source : java-only)

Une voix roachy, un pack de smoke et une ruelle

Tes Cantonais de voisins sont bruyants, mais sont drôles en crisse. Je trimais ma barbe d’un mois en les écoutant. En finissant la job dans ta salle de bain, j’ai vu mon reflet nu dans tes yeux tristes. Ta compréhension remplissait la minuscule pièce, mais tes yeux tristes criaient : « Mais où t’as mis le bel homme que m’a épouser, cher? » Tu es partie, légère, douce. Taquine. Mais je sentais que j’avais gâché une petite part de bonheur. Important ou non, j’avais vu le changement dans tes pupilles.

Tu sais, cela m’arrive une fois de temps en temps. Je suis dans une situation que l’on va catégoriser de « Avantageuse » (prenons l’exemple d’une belle barbe), et malgré le fait que je sache qu’elle me donne un look d’enfer, j’ai le menton qui me démange et faut que je le rase. Je laisserai une pousse d’un centimètre, mais pas plus avant que je ne vire fou. C’est comme une routine. Et bien que tu dises que la décision m’appartient, c’est rare que je vais m’écouter, et plutôt te faire sourire… Cette fois, fallait juste que je m’écoute, et prendre ma petite place.

J’ai laissé l’appartement, avec, en tête, de rapporter juste le rouleau de tape, ma face fraîche rasée, et peut-être la boîte dans laquelle j’avais entreposé mes papiers et crayons de dessins. Dans ma tête, elle était moins lourde.

Dans ma tête, les accusations fusaient comme des couteaux dans les draps du lit. La pluie a alourdi mes pensées. Après une heure relativement relaxe, la base du lit complètement défaite, mon coloc qui venait de me dire que la réplique cartonnée de Café de Nuit de Van Gogh que j’avais récupérée dans la ruelle l’an dernier, ben, fallait pas que je la mette à la rue APRÈS le passage des vidangeurs, surtout après le message transcrit et transmis à tout le monde du bloc comme quoi le geste sera puni si ça se reproduit, les vidanges après les heures prévues à cet effet; après que j’aie laissé un restant de pizza sur la table, et après un début de fatigue, physique et mental… Tu m’as écrit, si je te rejoignais à l’épicerie, plus tard. Sans même donner une heure en particulier, j’ai senti une hâte, un pressement. On a reporté mon mac’n’cheese que tu aimes tant depuis déjà trop longtemps, je sais. Mais le fait est que, moi aussi, je pensais aussi pouvoir en profiter, de ce moment de solitude. Je ne sais juste pas comment le dire. Et pourtant, tu comprends. Et mieux que quiconque, d’ailleurs. Je ne sais pas… Je n’arrive juste pas à dire : attends, juste un peu. Je n’aime pas dire non. Surtout pas à toi.

Avec toi, j’ai tellement de plaisir, tu me fais sentir bien, drôle, beau, confiant, fort, à la limite! Avec tout ce que tu fais, et ce que tu as déjà fait pour moi, au travers de tes heures de travail, je ne me vois pas te dire d’attendre pour que je « relaxe », dans mon ridiculement long congé de maladie.

Mais voilà, en sortant à la pluie, avec cette connerie de boîte trop lourde pour moi, et ma tête de bœuf qui refuse d’y voir la problématique, mes oreilles sillaient avec les accusations qui sortaient de partout et nulle part à la fois, n’arrivant pas à les chasser du revers de la main, les deux étant trop occupées à porter la crate. « Moi aussi, j’en ai besoin de time-off! Marre, de transporter des poids de même à bouts de bras, entre nos deux places! Marre, de faire ce chemin tout le temps. Je veux me reposer pour vrai, comme on me l’a ordonné! »

Ma gueule réclamait sa putain de clope, et je savais qu’avec cette caisse ouverte dans le milieu, les dessins que j’ai jamais numérisés, ils prendraient la pluie, même avec le plastique troué que j’ai mis par-dessus, si je ne les rentrais pas au plus sacrant. J’étais en tabarnak. Je voulais juste la câlisser là. Te texter mentalement, « Viens la chercher, moi j’suis à boute. » Mais ça ne se fait pas. Alors j’ai marché le dernier coin, les larmes aux yeux, profitant de la pluie pour que personne ne se rende compte de mon état d’épuisement. Ma clope aurait pris l’eau de toute façon… Rendu à ton appart, j’ai vu sur ton ordi le gouvernement britannique exploser, et Bennedict Cumberbatch faire une face d’extase. Je sais pas pourquoi, ça m’a calmé. Je me suis rappelé la réaction de Watson quand il apprend que son meilleur chum revient d’entre les morts.

Mais voilà, j’avais les yeux trempes. La fatigue m’avait gagné. Je savais juste pas comment te dire que j’étais crevé sans te faire penser que j’voulais vider mon pot de pillz et en finir avec cette relation. Je voulais te dire à quel point je t’aime, mais au lieu de ça, t’as eu peur. Peur que je ne revienne pas. Je veux te dire que je t’aime, voilà. Le fait est que j’avais tout de même besoin d’être seul, ce soir. Prendre mon trou, retrouver mon lit, sans drap, sans base, sans rien, et juste écouter des débilités sur le net, ne penser à rien.

Alors j’ai quitté ton logement, les yeux rouges, le nez et les cheveux trempes. Dans la rue, je me suis allumé ma dernière cigarette. J’ai mis la chanson de Tom Waits qui semble parler d’un quartier d’enfance qu’il adorait. Et ça y était. Toutes les larmes y étaient. Les frustrations me quittaient peu à peu. J’avais froid, mais j’avais un bon jacket.

L’appartement était toujours vide, l’autre étant allé voir ce film que nous avions vu il y a près d’une semaine. Je me suis sorti une de mes deux dernières bières au frigo, puis me suis retenu.

Encore habillé, j’ai gardé mes clés, suis sorti, pris la réplique de la peinture, pliée en deux devant le bloc, complètement trempe, et j’ai pris le premier coin de rue. Visiter la petite ruelle que je regarde depuis un an du haut de ma fenêtre, ça me semblait la chose à faire. Sans iPod, on pense avoir la même chanson en tête, quoi qu’il en soit, mais c’est plus facile à penser qu’à faire. Il m’est revenu de loin une ritournelle que j’avais depuis très longtemps oubliée… « Sur la rue Tabaga, près du Boul’vard Ricelle, À l’abri des gratte-ciel, devines qui j’ai vu, Qui t’as vu? Qui t’as vu? »… On est loin du Blue Valentine de Waits, mais c’est pas méchant non plus.

J’ai pensé à toi, à quel point tu me gardes en contact avec mon côté d’enfant qu’on nous pousse toujours à refouler en soi. Tu es toujours là pour moi, pour me faire rire, me garder au chaud, les nuits de grandes pluies. Tu aurais aimé cette ruelle, tu étais aussi belle, avec les arbres qui m’aidaient à rester relativement au sec, malgré la poudreuse liquide. La lumière persistante au milieu des wrecks abandonnés comme ton idiot de copain.

Ne me laisse jamais partir sans m’avoir fait promettre de te faire mon macaroni au fromage. Ni aujourd’hui, ni demain, ni dans 50 ans. Je serai toujours là pour te cuisiner ma spécialité, tant que tu me promets de toujours être là pour y goûter, ma belle étoile.

LA TETE A L’ENVERS

Je suis retourné chez mes parents le temps d’une nuit et un avant-midi, le temps de faire une pause, ranger encore quelques babioles qui traînent dans mon ancienne chambre, ce que je récupérerai lors du déménagement, dans deux semaines, ce qui ne vaut plus la peine de conserver.
Et me voilà, un moment, mélangé.

Avec le soleil qui plombe, qui donne envie à la farniente et au bain de pied dans la rivière, j’ai retrouvé la dernière parcelle de souvenir que j’ai de cette brunette aux yeux vides… Une enveloppe rouge sur laquelle était écrite: “Pour la Saint-Valentin” avec mon nom au dessus. Impossible de définir de qui venait cette enveloppe, avec ses caractères écrits en lettres détachées. Mais en l’ouvrant, j’ai tout de suite su. Les coupons de cinéma des films que nous avions vus, avec l’un d’eux écrit “Our first kiss…”, et un coupon de restaurant thaï.
Devais-je garder ces bribes sur lesquelles aucun nom n’était apposé? Ou fallait-il m’en départir à jamais, et ainsi effacer les dernières traces de nos moments passés ensemble? L’autre facture d’un café lisait l’inscription manuscrite: “On écoute Friends, et moments awkwards, doux…”. Et si, pour un biographe, les dates importaient, pour bien situer la relation, dans mon évolution?
La tête à l’envers, l’esprit tourné, sans rage ni rancune, ou même de joie, j’ai rangé les factures dans l’enveloppe et l’ai posée dans le sac de recyclage, sans réellement me sentir présent.

Et j’ai continué mon ménage avant de repartir pour la ville, me demandant encore si j’aurais dû sauvegarder l’artéfact.

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Mon père m’a proposé de me reconduire à la station Henri-Bourassa, mais j’ai préféré lui demandé d’arrêter à Cartier, afin que je puisse traverser le pont Viau, au soleil, avec Voyager de Daft Punk à plein régime dans les oreilles, comme au début de mon cégep. Il en a profité pour passer au travers du quartier de son enfance, près du Parc Marigot, sur le boulevard des Prairies. Un superbe quartier, et qui surtout rayonnait sous le regard nostalgique et empreint de bonheur de mon père.

"C’est ici que ma sœur a étudié au primaire. Ici, on volait des pommes! Là, on allait quelques fois jouer au hockey, même si on n’avait pas le droit. Et c’est ici que ma mère enseignait, c’était une école pour filles, et juste derrière, c’est là que j’allais, au primaire. Ça c’est l’Église où ma sœur et Raymond se sont mariés. Et le pont, là, qui menait à l’Ile Aux Fesses, qu’on appelait. J’imagine que c’est parce que les amoureux se retrouvaient là!"

La banlieue reprenait une teinte dorée, et me fascinait surtout le fait que, de mémoire, mon paternel ne m’avait jamais vraiment fait visiter ce coin de petit paradis…

En me laissant au bord du boulevard des Laurentides, il m’a souhaité une bonne journée, au plaisir, tout ça. Et j’ai repris le chemin d’avant pour traverser le pont. La musique y était. Le temps ridiculement magnifique. Le bonheur de marcher sans presse réelle. L’idée de retrouver ma belle amour, au cœur. Mais tout ça, je le vivais de l’autre côté du pont. J’allais reprendre le métro abandonné d’Henri-Bou, les sous-terrains sombres, la ville loin de la rivière des Prairies…

La tête encore à l’envers, il m’a pris l’envie de rebrousser chemin, et d’y rester, à cette saloperie de banlieue dreamy à souhait.

Mais bon, il fallait que je revienne ici. Ne serait-ce que pour écrire ces quelques lignes sur la nostalgie d’aller chez papa-maman et d’y retrouver son vieux chat toujours aussi chaleureux dans son attitude indépendante, mes vieilles notes de classes, et les bédés qu’il me rester à déménager.

Devrais-je partir ou bien rester?

Ahhh les samedis Scrabble chez Môman avec ma belle Geneviève!

Ahhh les samedis Scrabble chez Môman avec ma belle Geneviève!